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MISÈRES DU DÉSIR - CHAPITRE IV

Hélène : J’espère que mon surprenant changement d’attitude ne te trouve de mauvaise humeur.  Puisse-t-il en même temps réactiver le joyeux courant amoureux qui nous vivifiait naguère, avant la sècheresse relationnelle qui nous afflige au bureau. Que ce qui nous est arrivé le soit, par omission ou commission, ou par jalousie, par nonchalance ou à cause des problèmes non exprimés, force nous est de constater que nous sommes objectivement divisés.  La raison nous demande d’assainir cette affreuse situation. Je refuse d’excuser mon amie Odette chez qui l’amour, c’était l’admiration, l’appétit du beau.  Elle savait aimer avec passion, avec excès.  Sa vie tumultueuse, scandaleuse, a rendu son existence essentiellement contradictoire, exhibant, à la fois une grandeur infinie et une misère infinie.  C’est du choc de ces deux “infinis” que se dégage sa méchanceté.  Elle a connu beaucoup d’hommes.  Qui ne se souvient de ses scènes d’amour, se dévalorise depuis q...

MISÈRES DU DÉSIR - CHAPITRE III

CHAPITRE III Il devint blême et ajouta d’une voix sourde; -Elle n’a pas souffert. Elle ne s’est même pas rendu compte de ce qui arrivait. Elle est morte sur le coup. C’est pour cela que j’ai été condamné. Je ne voulais pas la tuer, je vous le jure, mais personne ne m’a cru. Les témoignages des autres ont été accablants. On m’a fait passer pour un colérique. Les juges ont été sévères. On a prétendu que je la persécutais avec ma jalousie maladive. Elle est devenue pour le tribunal une sorte de martyre, d’innocente victime. Mon avocat a demandé à certains de mes amis de témoigner en ma faveur. Ils ont tous refusé! La gravité de la situation les a sans doute effrayés. Il s’arrêta, regarda Hélène d’un air triste. -Tout le monde n’a pas votre courage, dit-il. Le garçon leur servit un dessert superbe composé de sorbets et de fruits incrustés dans des meringues. Hélène laissait Étienne lui caresser la main avec douceur. Elle savait qu’ils disaient la vérité et souffrait pour lui à l’évocation ...

MISÈRES DU DÉSIR - CHAPITRE II

La trop grande peur que j’éprouve me semble fortement reliée à la trop grande importance accordée à la relation interpersonnelle et surtout à la disproportion donnée à la relation amoureuse.  Celle-ci est bien trop fragile et relative pour fonder le sens à vivre d’une personne.  L’amour n’est que le feuillage de l’arbre.  Les feuilles vont et viennent mais l’arbre, lui, continue sa destinée.  La peur de perdre l’autre s’explique en partie, par l’instance sur le “besoin” d’être aimé.  Certains pensent que pour être aimé, il faut tout mettre en oeuvre.  Pourtant, être aimé, quand nous prenons conscience que cela dépend tellement de la bonne volonté de l’autre, devient un cadeau bien agréable à recevoir mais cela reste un cadeau.  Être aimé, c’est un plus mais pas une raison de vivre.  Aimer est tellement plus développemental des ressources que d’être aimé.  Il y a tout avantage à faire le deuil de ce “super besoin” d’être aimé - source de telle...