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L'ANALYSE DU LIVRE: NEUROSCIENCES ET PSYCHANALYSE, DE PIERRE MAGISTRETTI ET FRANÇOIS ANSERMET

La question se pose : Parle-t-on du même inconscient?  Y-a-til une distinction entre inconscient cognitif et inconscient freudien?  Entre inconscient procédant de la continuité et l’autre procédant de la discontinuité. Freud prenait acte des limites de son temps : “nous devons nous attendre à recevoir de la biologie des lumières.... et il s’agira peut-être de réponses telles qu’elles feront s’écrouler tout l’édifice artificiel de nos hypothèses”  Freud 1920, p 121-122) Freud nous convoquait déjà à une certaine forme de plasticité, notion présente dans la première partie de cet ouvrage. Celle-ci, traces et plasticité, rappelle en effet que la plasticité neuronale est la capacité du cerveau à être modifiée par l’expérience, cette dernière laissant donc une trace. Les traces s’associant les unes avec les autres aboutissent à la formation de nouvelles traces.  L’inscription de la trace par la plasticité introduit une discontinuité, espace de non détermination qui permet ...

CANDIDE, "LA GRANDE CONFIDENCE DE VOLTAIRE"

Candide, c’est la grande confidence de Voltaire, ce sont ses confessions, à lui, autrement émouvantes, on peut le dire, et même autrement religieusement que celles de Jean-Jacques.  À chaque page y reparaît, blessante mais encore plus blessée, grimaçante mais d’un rictus de douleur, cette âme déçue dans sa recherche du vrai, dans sa recherhe de Dieu, qu’elle a entreprise par les seuls moyens de la raison, de sa raison.  Et cette lamentation insultante qui éclate enfin.  Voltaire alors a soixante-cinq ans - est singulièrement plus profonde que les souffrances sensuelles ou sentimentales de Rousseau, et que sa profession de foi elle-même, où la part de l’illusion est si forte, et de la volonté d’illusion.  Détaché de sa foi chrétienne par les philosophes de Paris, Rousseau a tenu, pour se conserver du bonheur, à se créer un refuge contre l’irreligion, un palier sur la pente du doute et du désespoir.  Effort original, méritoire à sa manière, mais qui contie...

NOTION DE CONNAISSANCE

Dans le texte suivant, Leibniz s’efforce de définir la notion de connaissance. Une connaissance peut-être claire ou obscure. Une connaissance claire peut-être, à son tour, distincte ou confuse. Une connaissance distincte, ou bien adéquate, ou bien inadéquate, et encore ou intuitive ou symbolique. Leibniz précise le sens de tous ces termes. Une notion est obscure quand elle ne suffit pas pour reconnaître la chose représentée. Ainsi je puis avoir un certain souvenir de quelque fleur ou de quelque animal vu jadis, trop peu cependant pour que je sois capable de le reconnaître s’il m’est présenté ou de le distinguer d’un animal qui lui ressemble (…). Une connaissance est donc claire, lorsqu’elle suffit pour me faire reconnaître la chose représentée, et cette connaissance est à son tour ou confuse ou distincte… Elle est confuse, lorsque je ne peux pas énumérer une à une les marques suffisantes pour distinguer la chose d’entre les autres, bien que cette chose présente en effet de tell...

LES VÉRITÉS DE L'ESPRIT ET LES VÉRITÉS DU COEUR

Pour Pascal, il existe deux entrées par ou les opinions sont reçues dans l’âme : l’entendement et la volonté. Les vérités de l’entendement sont des vérités démontrées; elles se tirent par une conséquence nécessaire de principes communs et de vérités avouées. Les vérités de la volonté sont, au contraire, assimilables à des désirs naturels, ressentis par tous les hommes. Il existe donc, dans notre esprit, un équilibre « douteux » entre la vérité et la volonté, entre la manière de convaincre et celle d’agréer. Personne n’ignore qu’il y a deux entrées par ou les opinions sont reçues dans l’âme, qui sont ses deux principales puissances, l’entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l’entendement, car on ne devrait jamais consentir qu’aux vérités démontrées; mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté; car tout ce qu’il y a d’hommes sont presque toujours emportés à croire non pas par la preuve mais pas l’agrément. ...

DIFFÉRENCE ENTRE LE SAVOIR ET L'IGNORANCE

La différence entre le savoir et l’ignorance est analysée par Platon à l’aide d’une allégorie célèbre, l’allégorie de la caverne. Platon suppose des captifs enchaînés dans une caverne, le visage tourné vers la paroi opposée à l’entrée. La caverne est éclairée par les reflets d’un feu qui brûle au dehors. Derrière ce feu défilent des gens portant des objets divers. Les captifs ne voient que leur ombre projetée sur le fond de la caverne. Ils vivent dans un monde de fantômes, et si grande est leur habitude de ce monde, qu’ils prennent ces fantômes pour la réalité. Détachons maintenant un de ces captifs. Menons le vers la lumière. Il sera tout d’abord ébloui, peu à peu ses yeux s’accoutumeront, et il deviendra capable de soutenir l’éclat du soleil lui-même. Alors, il se rendra compte que la vie qu’il avait menée jusque-;à dans la caverne n’était qu’une vie d’apparence, d’illusion et que la véritable vie réside dans la contemplation du vrai, soleil du monde d’intelligible. Figure-to...

ARISTOTE

Sous sa plume (Francis Wolff) ce philosophe qui met à jour les visions de l’homme qui ont rythmé l’histoire de la pensée. QUATRE GRANDES FIGURES « Qu’est-ce que l’homme? ». Si la question est vertigineuse, les réponses ne sont pas infinies. Francis Wolff en identifie quatre, nommées « Figures »; celle de l’homme antique, ou « animal rationnel », forgée par Aristote et qui a perduré 2000 ans. Celle de l’homme classique, « substance pensante unie à un corps », que Descartes élabore au XVIIe siècle. Celle de l’homme structural, ou « sujet assujetti, illusionné, déterminé » des sciences humaines, dont l’histoire débute au XIXe siècle  et atteint son point culminant avec les Mots et les choses (1966) de Michel Foucault. Celle, enfin, de « l’homme neuronal », selon l’expression empruntée au livre éponyme (1983) du neurobiologiste Jean Pierre Changeux, c'est-à-dire l’homme renaturalisé, l’homme animal comme les autres » d...

ROUSSEAU

Rousseau, cet exilé involontaire, s’établit en 1756 à Montmorency, un bourg niché dans une volée bucolique où le philosophe, au hasard d’une promenade, a le coup de foudre pour l’Ermitage, une petite demeure isolée au fond de la propriété de son amie, madame d’Épinay. Ravi de tourner le dos à cette société qui l’encense après l’avoir rejeté, l’exilé volontaire s’y installe avec sa compagne, Thérèse Levasseur. Au gré de ses promenades solitaires dans la forêt, il s’envole vers le « pays des chimères » et imagine Julie ou la nouvelle Héloïse. Dans ce roman à succès publié en 1761, il met en scène un amour pur, mais contrarié par les conventions sociales, et rêve d’une société idéale ou faire revivre l’état de nature… Transporté par la fiction, il est rattrapé par la réalité  et bientôt mis à la porte de l’Ermitage. « Je vis ma Julie et Madame d’Houdetot », la belle sœur de madame d’Épinay, explique-t-il dans les confessions. Fou amoureux, il lui conte...